17 mai 2022
Services essentiels locaux Assainissement Eau Gouvernance partagée Sénégal

Jouer pour mieux partager la gestion des services d’eau potable

F’eau ba deg’eau, ou « jeu de l’entente » en wolof, est un jeu conçu dans le cadre du projet Dialogue initié par la société civile de l’eau et de l’assainissement (Diss’Eau) mené par le Gret et ses partenaires (POSCEAS, Université Gaston Berger de Saint-Louis) au Sénégal. Face au constat d’un déficit d’implication des collectivités et usager·ère·s dans la conduite de certains services publics de l’eau potable au niveau local et d’un manque de dialogue entre les acteurs de ces services, cet outil vise à favoriser la participation à tous les niveaux.

Depuis 2014, le secteur de l’eau au Sénégal connaît de profondes mutations, marquées par une réforme de l’hydraulique rurale consacrant la création d’un Office de gestion des forages ruraux (Ofor), gestionnaire du patrimoine de l’hydraulique rurale, et la mise en œuvre de délégations de services publics d’eau potable en milieu rural. La mise en application de la réforme de l’hydraulique a pourtant fait l’objet de contestations de la part des usager·ère·s et des collectivités territoriales. Ces acteurs regrettent et dénoncent notamment leur non-implication dans le processus et l’absence d’amélioration de la qualité des services d’eau délégués, présentée pourtant comme un point central de la réforme.

Co-construction du jeu F’Eau ba deg’eau, ©Gret

Une innovation à l’utilité concrète

Le projet Diss’Eau intervient dans ce contexte et ses équipes expérimentent des approches innovantes pour favoriser une gouvernance des services d’eau et d’assainissement plus inclusive, plus adaptée et plus durable. La conception et l’utilisation du serious game s’inspirent des cas de délégations de services d’eau potable du Gorom-Lampsar (région de Saint-Louis) et de la région de Thiès, ainsi que d’autres situations observées au Sénégal.

Le serious game met en situation des acteurs impliqués dans la gestion d’un service d’eau en vue de stimuler leurs interactions, mettre en avant leurs interdépendances et contribuer à améliorer la gestion de ce commun. Il s’agit d’un support permettant de représenter de façon pédagogique, décalée et dynamique les différentes modalités liées à la délivrance du service d’eau en milieu rural sénégalais, de simuler des situations problématiques qui affectent la qualité et la quantité de l’eau distribuée et d’appuyer la concertation entre usager·ère·s  et délégataires. Enfin, et toujours dans une démarche d’échange, l’atelier de co-conception du jeu a rassemblé pendant une semaine, sur un pied d’égalité, différents acteurs sectoriels qui ne s’étaient pas retrouvés en situation de dialogue depuis de nombreuses années.

 « Le jeu est très instructif, il y a beaucoup d’enseignements qui nous ont permis de nous entraîner à l’échelle locale afin de pouvoir répliquer cela au niveau national. Les échanges étaient fructueux, différents profils de gens qui œuvrent dans le secteur de l’eau et de l’assainissement étaient présents. Cela nous a permis de recueillir enfin les avis des uns et des autres. »

 Mame Awa Fall, cheffe de la division Marketing de l’Office national de l’assainissement du Sénégal.

Un jeu au plus proche de la réalité d’un service d’eau

Développé en partenariat avec la Lisode et le Cirad, le jeu a ensuite été testé lors d’un atelier de cinq jours rassemblant une quinzaine d’acteurs nationaux et locaux du secteur de l’eau et de l’assainissement. Des visites de terrain organisées à Saint-Louis et Thiès ont permis de considérer les réalités à représenter dans le jeu.

Le jeu est bâti comme un réseau d’eau potable desservant environ 3 000 personnes.  Il représente sur un plateau le système d’adduction et de distribution d’un opérateur privé fictif, Delta’eau, qui alimente en eau sept abonné∙e∙s disposant d’un robinet muni de compteurs volumétriques, ainsi que deux branchements communautaires (station de lavage de motos et école). Différentes situations habituelles ou imprévues apparaissent sur des cartes événements piochées par chacun∙e des participant∙e·s au jeu, et les abonné∙e∙s sont libres de faire des choix (d’investissement et de paiement) qui ont des conséquences sur leur approvisionnement en eau. D’autres situations particulières sont également prévues dans le jeu, comme l’apparition de branchements clandestins ou la perte du raccordement à l’eau d’un∙e usager·ère. Dans ces conditions, chaque participant∙e doit atteindre des objectifs qui lui sont assignés dans sa fiche de rôle tandis qu’un maître de jeu stimule le déroulé de la partie.

Co-construction du jeu F’Eau ba deg’eau, ©Gret

Le jeu F’Eau ba deg’eau a été présenté et suivi avec grand intérêt par un public varié lors du Forum mondial de l’Eau de Dakar. Le Gret espère que son utilisation permettra d’ouvrir un peu plus la gouvernance des services d’eau en milieu rural au Sénégal et ailleurs, et que les recommandations, provenant de la base, viendront enrichir les réformes sectorielles. De plus, la création et l’utilisation de serious games ouvre de nouvelles perspectives en termes de participation, d’ouverture de dialogue ou de sensibilisation, et cela sur des thématiques variées.

Le projet Diss’Eau est financé par l’Agence française de développement et le Sedif

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