Faire commun ici et ailleurs – cycle international de rencontres

Inondations de plus en plus violentes, sécheresses devenant la norme, pollutions des nappes ou des cours d’eau… La liste serait trop longue pour rappeler les urgences environnementales liées à l’eau. Vitale pour la survie des écosystèmes, de l’espèce humaine et de toutes ses activités, elle se dégrade aux quatre coins du monde, en grande partie sous l’effet des activités agricoles et industrielles, de l’artificialisation des milieux et des changements climatiques.  

Les crises qui se succèdent tendent à nous faire oublier que l’eau est aussi un construit social. Ses représentations et ses usages diffèrent en fonction du contexte géographique, culturel, social, économique. Or la standardisation des politiques publiques tend bien souvent à réduire l’eau à sa seule dimension de bien économique. Cela amplifie les phénomènes de concurrence et d’accaparement par les usagers en fonction de leur pouvoir économique, renforçant ainsi des inégalités existantes et causant des situations d’injustice environnementale (par exemple quand les pollutions causées par les uns sont surtout subies par les autres).

Difficile, donc, de répondre à ces défis sans rendre à l’eau sa dimension politique, en questionnant les rapports de pouvoir qui se jouent dans sa régulation et ses modalités de gouvernance.

Une vingtaine d’initiatives réunies en France, au Sénégal et au Togo

Comment garantir une utilisation équitable des ressources et des services d’eau, tout en préservant les mieux naturels et les écosystèmes pour les générations futures ? Cette question a été débattue au cours du cycle de rencontres « Faire commun ici et ailleurs : prendre soin et maîtriser l’usage de l’eau », organisé par le Gret, en partenariat avec Remix the Commons et grâce au soutien de la Fondation de France

Ce cycle a réuni en 2024 une vingtaine d’initiatives, en France, au Sénégal et au Togo, à travers une série d’échanges en ligne et des visites de terrain (vallée de la Drôme, Pays Diois et Grenoble) pour partager leurs apprentissages et questionnements en matière de gouvernance partagée de l’eau. À la suite de ces échanges, un atelier collectif a permis de dégager plusieurs pistes d’actions communes. Le cycle s’est conclu par un évènement public, le 25 septembre à la Fondation de France, permettant de mettre en débat, auprès d’un public élargi, les défis et les enjeux d’une gouvernance plus démocratique de l’eau.

Au-delà de la participation : repenser le rôle des citoyens et citoyennes

Au-delà de leur diversité, toutes ces initiatives tentent de prendre soin de cet élément vital et d’en partager l’accès de façon équitable et apaisée, en donnant aux citoyen·ne·s et usager·e·s un réel pouvoir de proposition, de décision et de contrôle, aux côtés de l’Etat.

Plateformes locales de l’eau dans les Niayes, parlements de l’eau en Isère ou dans la Loire, associations ou comités d’usagers d’eau potable au Sénégal, à Grenoble et à Lyon, associations de préservation de l’environnement en Bretagne, organes locaux de concertation du lac Togo… Qu’elles soient portées par des collectivités locales, des associations, des chercheuses et chercheurs engagés, ou encore des agent·es de l’Etat, ces initiatives ont en commun d’expérimenter des relations renouvelées entre pouvoirs publics et citoyens autour de l’eau, mais aussi entre humains et milieux de vie

Elles traitent de sujets très concrets : Comment mettre en place, avec les citoyens, une tarification juste de l’eau potable ? Comment concilier rentabilité économique des services et gestion de proximité ? Quels usages de l’eau privilégier ou limiter pour faire face à la baisse des ressources ? Comment accompagner la baisse des prélèvements sans exacerber les conflits ? 

Ces expériences cherchent à aller plus loin que la simple « participation citoyenne » pour répondre à ces défis. Elles interrogent les manières de mobiliser les citoyen.ne.s et de re-politiser leur rapport à l’eau, malgré un environnement institutionnel très technique et un lien souvent distendu aux milieux naturels. Certaines de ces initiatives s’apparentent à des dynamiques de communs des formes d’organisation sociale où des personnes concernées par une même urgence sociale et environnementale s’engagent dans une action collective pour mettre en place des règles d’accès et d’usage, jugées équitables et visant à préserver durablement une ressource partagée.

Elles apportent un éclairage sur les manières de créer et de faire vivre des espaces démocratiques locaux : comment rendre les instances de concertation réellement représentatives de tous les usager.e.s de l’eau ? Comment favoriser la redevabilité et la transparence des décisions et des mécanismes de représentation ? Comment faire en sorte que les démarches citoyennes passent la porte des instances de décision ? Comment permettra à ces dynamiques de s’inscrire dans le temps ?

Partager des pistes concrètes d’action

En s’intéressant à des pratiques empiriques de « communs de l’eau », dans des contextes très différents, l’ambition de ces rencontres était de rendre visibles et souhaitables des pistes concrètes d’action, par exemple pour construire des récits partagés et susciter un attachement au territoire, co-produire et vulgariser de l’information sur l’eau et sa gouvernance, renforcer la transparence des décisions, faire vivre des mécanismes de contrôle citoyen, expérimenter des modèles de financement locaux etc. .

Ces rencontres ont aussi permis de sortir des silos entre l’« ici » (la France) et le « là-bas » (les Suds) et d’amorcer des dynamiques de solidarité entre territoires fondés sur la réciprocité et la conscience des interdépendances.

A l’issue de ces rencontres, plusieurs territoires ont exprimé le souhait de poursuivre les échanges, pour enrichir leurs pratiques. 

Plusieurs ressources sont déjà disponibles et seront ajoutées dans le prochains mois sur cette page.

Pour en savoir plus :