13 juillet 2022
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Du global au local : la nouvelle stratégie climat du Gret

Installation solaire de l'Unité de production de bio charbon de Pomo nettoyée par Babacar

Augmentation des risques d’inondation, intensification des saisons des pluies, désertification… A travers le monde, les impacts de la crise climatique se font aujourd’hui de plus en plus visibles et amènent à prendre en compte de nouveaux enjeux dans la réalisation de projets de développement.

Pour y répondre, l’Assemblée générale extraordinaire du Gret du 7 avril dernier a adopté la première stratégie climat de l’organisation, à l’échelle de la structure en tant que telle et de ses projets sur le terrain.

Deux enjeux principaux ont notamment été identifiés :

  • L’adaptation d’une part, pour rendre les populations plus résilientes face aux impacts du changement climatique.
  • L’atténuation ensuite, pour contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales pour limiter l’intensité des impacts attendus du changement climatique.

A l’échelle des projets

Maladaptation

Sur les terrains d’intervention du Gret, les priorités exprimées mettent souvent en avant la vulnérabilité des populations et des projets aux impacts du changement climatique.

L’avant-dernier rapport du GIEC publié en 2021 met notamment en lumière les enjeux de maladaptation non intentionnelle. En effet, lorsqu’un projet de développement ne prend pas en compte l’évolution future du climat, il renforce sans le savoir l’exposition des communautés et territoires à ces impacts. Cela peut ainsi rendre caducs des projets, accompagnements et investissements, et ce à des échelles de temps courtes.

Dans quelle mesure les projets et populations soutenues par le Gret sont-ils exposés et vulnérables au changement climatique ? Dans quelle mesure ses projets prennent-ils en compte l’évolution du climat futur ? Comment renforcent-ils la résilience des communautés et territoires et évitent-ils de s’inscrire dans l’écueil de la maladaptation ?

Atténuation

A l’échelle de chaque projet, le Gret s’inscrit également dans les démarches de réduction des GES mis en place par les autorités nationales ou locales. Depuis 2020, ses équipes accompagnent par exemple 50 communes togolaises dans leur planification locale climat-énergie pour qu’elles puissent, à terme, définir leurs propres stratégies.

Par ailleurs, en promouvant l’agroécologie, le compostage, l’accès aux énergies renouvelables ou l’usage de matériaux locaux et biosourcés, le Gret contribue concrètement à la transition bas-carbone des territoires, communautés et écosystèmes qu’il accompagne.

Toutefois, pour assurer une diminution des GES sur le long terme, il est nécessaire que ces projets aient une approche holistique et prennent en considération l’interdépendance de l’ensemble des secteurs d’émissions du territoire. A titre d’exemple, un projet de décharge permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour autant, le lieu d’implantation de la décharge doit être réfléchi afin que le transport des déchets de leur lieu de production vers la décharge n’implique pas des émissions trop élevées.

Analyse des projets du Gret

L’objectif collectif que le Gret s’est fixé est donc d’analyser systématiquement, de manière qualitative, les leviers d’actions de chaque projet (adaptation et atténuation). Le Gret traitera également en complément les impacts sur la biodiversité. Cela apporte une flexibilité pour prendre en compte les priorités des différents territoires tout en interrogeant systématiquement, à travers un prisme  « transition écologique » alliant climat et biodiversité, les modes de développement induits par les projets du Gret.

Dans cette optique, les équipes internationales du Gret ont mis en place un marqueur « Transition écologique » et une check-list pour identifier les sources d’impacts – positifs et négatifs – des projets menés. Ces outils interrogent également l’exposition des projets aux aléas climatiques et ainsi, les risques de maladaptation.

En complément d’une meilleure identification des sources d’impacts, des temps de formation et de sensibilisation sont mis en place progressivement, au niveau de chaque équipe thématique.

A l’échelle de l’organisation

La stratégie bas carbone et le secteur de l’aide internationale

Dans la conduite de ses activités et comme beaucoup d’entreprises, le Gret voyage, achète, jette… Or, afin d’atténuer les émissions de GES à l’échelle mondiale, le dernier rapport du GIEC publié en 2022 met en avant l’absolue nécessité de réduire drastiquement ces émissions d’ici à 2025 – à tous les échelles et dans tous les secteurs – et de mobiliser un levier jusqu’ici peu mis en avant : la sobriété.

Dans ce contexte, comment assurer à l’échelle du Gret la continuité de sa mission d’intérêt général, tout en contribuant à cette nécessaire sobriété ?

De plus en plus d’ONG, en particulier issues du monde humanitaire, tentent de répondre à cette question et se fixent des objectifs de réduction des émissions, comme le montre la lettre d’engagement du Réseau environnement humanitaire. Pourtant, à l’heure actuelle, les méthodologies pour élaborer des stratégies bas-carbone (stratégies visant la réduction des GES d’un territoire ou d’un organisme) se concentrent surtout sur le secteur privé et sont donc peu adaptées au secteur des ONG.

Elaboration collective de la stratégie bas-carbone du Gret

Le Groupe de travail Transition écologique, co-animé depuis 2019 par un ensemble de volontaires issus de différentes équipes et représentations du Gret, s’est penché sur l’adaptation de cette démarche au secteur du développement. Après une analyse des méthodes existantes et des choix possibles pour le Gret, ce groupe a animé un an de concertation pour co-construire une stratégie climat sur-mesure, adaptée à l’organisation et aux enjeux de la crise climatique.

Dans l’optique de construire une stratégie collective qui puisse s’adapter à l’ensemble de ses terrains d’intervention, le Gret s’est inspiré de l’Accord de Paris sur le Climat. Une ambition commune, à long terme, a été définie visant en moyenne une réduction de 50 % des émissions de ses émissions de GES d’ici à 2030 par rapport à 2020.

Par ailleurs, à l’image des Etats qui doivent définir leur propre contribution à l’Accord de Paris, chaque site (siège et représentations) est en charge de définir son propre plan d’actions couvrant ses stratégies et pistes d’actions pour réduire ses émissions de GES sur l’ensemble des secteurs suivants : les consommations énergétiques, les déchets, les achats et immobilisations, le numérique, les déplacements dans le cadre du travail et domicile-travail. Cette autonomie est en adéquation avec la volonté de décentralisation de l’association, et permet la mise en place de stratégies adaptées localement et viables sur le long terme.

Guide des bonnes pratiques écologiques

Enfin, un guide de bonnes pratiques a également été mis en place (lien) pour orienter chaque membre du Gret dans cette démarche

La lutte contre le changement climatique est pleine d’incertitudes : dans quelle mesure les Etats, les entreprises, la société civile et les citoyen∙ne∙s permettront-ils de réduire les émissions de GES ? Quels seront les impacts climatiques associés ? La Stratégie climat du Gret elle-même possède encore des zones d’incertitudes, comme toute nouvelle démarche. Des « COP » à l’échelle de l’organisation seront donc organisées chaque année pour les prendre en compte et adapter collectivement cette stratégie afin que le Gret fasse, lui aussi, sa juste part.

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