05 mai 2022
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Burkina Faso : Plus d’un quart de million de personnes victimes d’une nouvelle “guerre de l’eau” en pleine saison sèche

Young girls returning with 20 liter jerrycan after waiting several hours at a water point in Djibo, Burkina Faso. ©NRC

Communiqué de presse conjoint

Trente-deux installations d’approvisionnement en eau ont été détruites depuis le début de l’année, affectant près de 300 000 personnes, selon un groupe de 13 organisations nationales et internationales fournissant une aide humanitaire et au développement dans le pays. Ces attaques ciblées vont des frappes directes sur les points d’eau et les camions-citernes à la contamination délibérée des ressources en eau, en passant par le sabotage des générateurs des réseaux d’eau publics.

“Ces attaques répétées contre les services d’eau et leurs graves conséquences sur des centaines de milliers de civils vulnérables sont sans précédent au Burkina Faso et n’ont pas non plus été observées ailleurs dans la région du Sahel central”, déclare Hassane Hamadou, le Directeur Pays du Conseil Norvégien pour les Réfugiés au Burkina Faso. “La perturbation de l’accès des civils à l’eau n’est plus une conséquence indirecte du conflit, elle est devenue une arme de guerre et marque un nouveau tournant abject dans la violence. Pour le bien, la dignité et la survie d’une population déjà épuisée, cette guerre de l’eau doit cesser.”

La plupart des destructions ont eu lieu à Djibo, dans la région du Sahel, une ville qui accueille plus de personnes déplacées que toute autre dans le pays. Les civils y ont accès à moins de trois litres d’eau par jour pour couvrir tous leurs besoins, de la boisson à l’hygiène et à la cuisine, contre environ le double avant les attaques – un niveau déjà critique.

Alors que les Européens utilisent en moyenne 150 litres d’eau par jour, l’Organisation Mondiale de la Santé considère que les personnes en situation d’urgence ont besoin d’au moins 15 à 20 litres. Sept litres constituent “l’allocation de survie minimale”, viable seulement pour quelques jours. Les habitants de Djibo sont aujourd’hui contraints de subvenir à leurs besoins avec moins de la moitié de cette quantité.

“J’ai traversé l’enfer pour amener ma famille ici en toute sécurité”, raconte Fatoumata. “Mais une fois à Djibo, j’ai constaté que le calvaire n’était pas terminé. Il continue pour nous ici.” “Nous luttons pour trouver de quoi manger et boire depuis que nous sommes arrivés”, raconte Dicko. “Souvent, nous passons toute la journée au point d’eau pour ne repartir qu’avec un jerrican, et parfois avec rien. Nous payons et buvons une eau très sale et impure. Nous n’imaginons même pas en avoir assez pour laver le linge, ou nous-mêmes.”

La distance à parcourir pour aller chercher de l’eau et le temps passé à faire la queue ne sont pas seulement excessivement longs, ils peuvent aussi exposer les civils à davantage de violence. Au-delà des attaques contre les installations d’eau, les civils qui se rendent aux points d’eau ou qui y attendent leur tour sont intimidés et menacés par des individus armés. Le 11 mars, des hommes armés non identifiés ont tiré des coups de semonce pour disperser une foule faisant la queue près d’un forage à Djibo, et une femme a succombé à ses blessures après avoir été touchée par une balle perdue.

“Djibo a été un des principaux théâtres de la crise humanitaire pendant plus de trois ans et se trouve maintenant sur la ligne de front d’un nouveau type de guerre”, déclare Rebecca Bouchet-Petersen, Directrice Pays de Solidarités International au Burkina Faso. “Le conflit met désormais en péril ce dont personne ne peut se passer : l’eau potable. Les civils de Djibo étaient déjà confrontés à des pénuries alarmantes de nourriture et de médicaments, maintenant ils sont aussi assoiffés. Compte tenu de tous les risques sanitaires liés à la consommation d’eau insalubre, des températures moyennes de 40°C et des difficultés d’accès par la route, Djibo est au bord du désastre humanitaire.”

Les attaques contre les infrastructures en eau se sont récemment étendues à d’autres régions. Le 15 avril, des hommes armés ont mis le feu à un camion-citerne dans la région du Centre-Nord. Les assaillants ont fait comprendre qu’ils ne voulaient plus voir de camions-citernes sur cette route. Toutes les activités de transport d’eau par camion, qui constituent actuellement le seul moyen de fournir une aide d’urgence en eau aux habitants dans cette localité, ont été interrompues en conséquence.

La liste complète des signataires comprend :

Association pour la Gestion de l’Environnement et le Développement (AGED)

Association pour la Paix et la Solidarité (APS)

Action pour la Promotion des Initiatives Locales (APIL)

Experts-Solidaires

Groupe de Réflexion et d’Action pour le Développement en Afrique (GRAD-A)

Gret

Handicap International – Humanité & Inclusion

La Salle – Association Frères des Ecoles Chrétiennes (AFEC)

Aide de l’Église norvégienne (NCA)

Conseil Norvégien pour les Réfugiés (NRC)

Self Help Africa

Sauvons l’Environnement, l’Eau Potable et l’Assainissement pour Tous (SEEPAT)

Solidarités International

Faits et chiffres :

  • Le Burkina Faso compte 1 850 293 personnes déplacées à l’intérieur du pays au 31 mars 2022, soit près de 10 % de la population du pays (Source : CONASUR).
  • 290 000 personnes sont touchées par des attaques directes sur les installations d’eau, et plus de 520 000 sont touchées en incluant l’interruption indirecte des services d’eau due à la destruction des infrastructures électriques (Source : WASH Cluster).
  • , tandis que 55 000 personnes résident dans d’autres localités (Source : WASH Cluster).
  • Les habitants de Djibo avaient auparavant à leur disposition environ 6 litres d’eau par jour. Depuis les attaques et la destruction des installations d’eau, on estime qu’ils ont maintenant moins de 3 litres (Source : WASH Cluster).
  • 15 litres d’eau par jour et par personne sont considérés comme le minimum pour couvrir les besoins de base à usage domestique dans les contextes d’urgence (boire, cuisiner, se laver, hygiène personnelle). 7 litres est la “dotation minimale de survie” pour la boisson et la préparation de la nourriture (viable pendant quelques jours seulement) (Source : OMS)
  • La ville de Djibo accueille 283 428 personnes déplacées internes, dont 178 238 enfants, ce qui représente le plus grand nombre de déplacés internes dans une seule localité au Burkina Faso. La ville de Kaya est la deuxième en importance (123 610 déplacés internes). (Source : CONASUR)

Pour plus d’informations ou pour organiser un entretien, veuillez contacter :

  • Ligne d’assistance aux médias du CNRC : media@nrc.no, +47 905 62329
  • Tom Peyre-Costa, conseiller régional pour les médias en Afrique occidentale et centrale : tom.peyrecosta@nrc.no, Whatsapp : +33 658 518391
  • Marine Olivesi, Responsable du plaidoyer au Burkina Faso : marine.olivesi@nrc.no, Whatsapp : +33 650 300 154

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